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Cofondatrices d'Onquata

Lise et Lara Siouï, cofondatrices d’Onquata.

Bâtir un secteur de la rénovation résidentiel plus inclusif

Ursula Leonowicz

Par Ursula Leonowicz

À travers tout le pays, l’industrie de la construction est confrontée à un déficit de travailleurs, car les ouvriers expérimentés prennent leur retraite en grand nombre. En effet, selon un récent rapport de l’Association canadienne de la construction, 22 % de la main-d’œuvre devrait partir à la retraite d’ici 2028.  

Pour renouveler les effectifs, l’association suggère que l’industrie fasse un effort ciblé pour recruter des groupes traditionnellement sous-représentés comme les femmes, les peuples autochtones et les nouveaux arrivants. La diversité et l’inclusion sont importantes dans tous les aspects de la société, et malheureusement, les industries de la construction, de l’ingénierie, du design et de l’architecture en manquent cruellement. Par exemple, les dernières données de Statistique Canada révèlent que les femmes, qui comptent pour la moitié de la population active au pays, ne représentent que 12 % de la main-d’œuvre du secteur de la construction.

L’intégration d’artisans et de chefs d’entreprise sous-représentés est un moyen efficace de bâtir des communautés plus fortes et plus inclusives. Nous avons demandé à cinq entrepreneurs de Montréal de partager leur parcours professionnel et leurs réflexions sur la diversité dans l’industrie de la rénovation résidentielle.   

Sandra Best, Sandra Best Decor

Sandra Best, designer d’intérieur et fondatrice, Sandra Best Decor.

Sandra Best, designer d’intérieur et fondatrice, Sandra Best Decor

À quel moment votre intérêt pour le design d’intérieur s’est-il manifesté ? 

Sandra Best: J’ai toujours eu un intérêt pour le design d’intérieur. Je partage cette passion avec ma mère, qui a toujours eu un style et une maison impeccables. Cependant, je ne considérais pas le design comme une carrière potentielle, mais plutôt comme un passe-temps, alors je me suis inscrite en littérature anglaise et en communication à l’université. Quand je suis partie en appartement, j’ai eu de nombreux «contrats» pour aider amis et parents à aménager leurs espaces.

Rénovation de salle de bain moderne

Conception de salle de bain moderne par Sandra Best Decor.

Comment décririez-vous votre style ? Où trouvez-vous votre inspiration ? 

SB: Je suis personnellement attirée par un ensemble de styles différents comme le contemporain et le bohème. Et je crois qu’aucune pièce n’est complète sans l’ajout d’un élément vintage.

Parlez-nous de votre parcours en tant que designer. Qu’est-ce qui vous a décidé à créer votre propre entreprise ?

SB: J’aimais le design d’intérieur, mais je n’avais jamais pensé que je pourrais en faire une carrière. Au début de la trentaine, j’ai eu un moment de réflexion et j’ai décidé de changer le cours de ma vie, tant sur le plan professionnel que personnel. Je suis aussi devenue mère pour la première fois. Je suis retournée à l’école pour suivre un programme court et j’ai obtenu un diplôme technique du Collège LaSalle.

Au départ, je ne voulais pas démarrer mon entreprise tout de suite: j’avais un plan sur cinq ans. Mais j’ai été embauchée par un designer établi à Montréal qui était tellement désorganisé qu’il n’a même pas eu le temps de me former. J’ai quitté cet emploi, convaincue que s’il pouvait diriger une entreprise de design, je le pouvais aussi ! Le processus de création d’une entreprise était terrifiant. Je souffrais du syndrome de l’imposteur, mais j’ai la chance d’avoir un conjoint et un réseau d’amis qui ont cru en moi.

Salle de bain de luxe

Design de salle de bain de luxe par Sandra Best Decor.

Quelle est votre façon de travailler avec les clients ? 

SB: J’aime visiter la maison de mes clients pour voir comment ils utilisent actuellement leur espace. Souvent, lorsque je me promène dans la maison, il m’arrive de trouver un objet qui devient le point de départ du design. Après ma visite, je présente un tableau d’ambiance pour m’assurer que nous sommes sur la même longueur d’onde et nous travaillons ensuite à partir des commentaires du client.

«J’ai parfois l’impression d’être en marge et que j’ai besoin de faire davantage mes preuves chaque fois que j’entre dans une activité de réseautage ou un événement de design, où je suis souvent la seule personne noire. Je rêve du jour où mon travail et mon professionnalisme parleront d’eux-mêmes.» - Sandra Best

Comment le fait d’être une designer noire dans une profession à prédominance blanche a-t-il influencé votre parcours ?

SB: Comme partout ailleurs, la représentation est importante. Je trouve triste qu’il n’y ait pas beaucoup de designers d’intérieur noirs dans les médias grand public. Lorsque je regarde les chaînes de télévision spécialisées dans le design ou même les magazines, la majorité des personnes que l’on voit sont blanches.

J’ai parfois l’impression d’être en marge et que j’ai besoin de faire davantage mes preuves chaque fois que j’entre dans une activité de réseautage ou un événement de design, où je suis souvent la seule personne noire. Je rêve du jour où mon travail et mon professionnalisme parleront d’eux-mêmes.

Anthony Pradel, Excellent Pavage

Anthony Pradel, directeur commercial et développement des affaires, Excellent Pavage

Anthony Pradel, directeur commercial et développement des affaires, Excellent Pavage

Quand avez-vous commencé à vous intéresser au pavage et à l’aménagement paysager? 

Anthony Pradel: Un de mes bons copains du cégep travaillait pour une entreprise de pavage et a décidé qu’il voulait créer sa propre entreprise. Je faisais beaucoup de consultation à l’époque, et il m’a demandé de l’aider à élaborer son plan d’affaires. En moins d’un an, il m’a demandé de m’associer avec lui, ce que j’ai fait. C’était il y a plus de 15 ans.

Comment s’est déroulé le processus de création d’entreprise?

AP: On a commencé avec de petites réparations résidentielles et un camion. Maintenant, on a une douzaine de camions de différentes tailles pour différents types de travaux de pavage dans toute la ville. Il nous a fallu environ deux ans pour avoir une vision claire de ce que nous pouvions faire, en tant que petite entreprise de pavage, pour atteindre notre objectif commercial, qui était d’encourager la reconduction des affaires. 

Notre modèle d’affaires repose sur des clients réguliers, tant dans le secteur résidentiel que commercial, comme dans les centres commerciaux, par exemple, qui nous rappellent chaque année pour l’entretien et les réparations. Cela nous donne une base plus stable pour développer notre entreprise.

Une allée nouvellement pavée

Un pavage réalisé par Excellent Pavage.

Quelle approche adoptez-vous avec vos clients?

AP: Chaque fois que je forme un nouvel employé dans l’équipe de vente, la première chose que je lui dis, c’est que nous ne vendons pas de l’asphalte, nous nous vendons nous-mêmes. Il est important pour les clients que l’être humain auquel ils ont affaire leur inspire confiance. C’est ce qui fait que quelqu’un choisit de vous confier sa propriété.

Ce n’est pas l’asphalte qui manque ou les entreprises d’asphalte, mais ce qui va vous différencier, c’est le service personnalisé et individuel que vous offrez à chaque client, en plus des connaissances techniques dont vous disposez. Vous devez vous établir comme une personne transparente qui a ses intérêts à cœur.

Une terrasse

Une terrasse conçue par Excellent Pavage.

Quels sont les principaux services fournis par l’entreprise?

AP: On travaille sur de nouvelles constructions en asphalte, béton et pavés unis. On fait des excavations, on installe et on remplace des drains, on réalise des aménagements paysagers et des travaux de gazon. En gros, tout ce qui doit être fait à l’extérieur, nous le faisons.

Quel est votre point de vue sur la diversité et l’inclusion dans la construction à Montréal?

AP: Si on regarde les grands joueurs, c’est définitivement une clique. Il n’y a pas beaucoup de groupes ethniques représentés dans cette catégorie, principalement dominée par les blancs. Mais si vous regardez les petites entreprises et les entrepreneurs, ils sont issus de différents horizons.

Qu’avez-vous étudié au cégep avec votre partenaire d’affaires?

AP: Nous avons tous les deux étudié en musique, d’abord à Vanier, puis à l’Université McGill. Je suis trompettiste et il est pianiste. J’ai aussi été agriculteur biologique pendant 15 ans. J’ai importé et exporté des fruits et des légumes biologiques aux États-Unis et en Europe avant de devenir consultant et de démarrer l’entreprise de pavage.

Lise et Lara Siouï, cofondatrices d'Onquata

Lise et Lara Siouï, cofondatrices d'Onquata.

Lara Siouï, artisane et cofondatrice, Onquata

Quand avez-vous réalisé que vous vous intéressiez au design? 

Lara Siouï: Notre intérêt pour le design de pagaie s’est manifesté il y a quelques années et nous avons décidé d’améliorer notre produit et de le mettre en vente.

Décoration murale de pagaies

Pagaies conçue par Onquata.

Comment décririez-vous votre style de design? Où trouvez-vous votre inspiration? 

LS: Notre style s’inspire de motifs autochtones et de notre culture. Nous trouvons notre inspiration dans tout ce qui nous entoure, un décor, un objet, un paysage, ou simplement par l’assemblage spontané de motifs et de couleurs.

Pagaies décoratives par Onquata

Pagaies conçue par Onquata.

Parlez-nous de votre parcours en tant qu’entrepreneur. Qu’est-ce qui vous a décidé à créer votre propre entreprise? 

LS: Nous avons décidé de créer l’entreprise lorsque nous avons vu un intérêt marqué des gens de notre communauté pour notre produit. Nous avons donc créé un site, de nouveaux modèles et en avons fait la promotion. Nous avons créé des contacts qui nous ont permis de faire des partenariats avec des distributeurs et de participer à des événements qui ont mis en valeur notre produit.

En tant qu'artiste et entrepreneur autochtone, que pensez-vous de la diversité et de l'inclusion dans le domaine du design, au Québec? 

LS: Comme entrepreneurs et artisans autochtones, nous prenons notre place sur le marché au Québec et l’intégration se fait très bien.

Yahya Diallo, Billdr

Yahya Diallo, Vice-Président des opérations et cofondateur, Billdr

Yahya Diallo, Vice-Président des opérations et cofondateur, Billdr

Pouvez-vous nous parler un peu de vous? 

Yahya Diallo: Je suis arrivé à Montréal il y a 12 ans, pour étudier le génie civil à l’université. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai commencé à travailler pour un entrepreneur général à Laval, qui faisait des travaux dans le commercial et le résidentiel. Par la suite, j’ai travaillé pour une entreprise de services d’ingénierie, WSP, où j’étais gestionnaire de projet et consultant, principalement pour McGill. Je m’occupais des rénovations dans leurs laboratoires.

Ensuite, j’ai travaillé pour le CIUSSS du Nord, où je gérais les rénovations. Ils me donnaient un projet et un budget, et je devais le concrétiser. J’ai engagé des professionnels tels que des architectes, des ingénieurs et d’autres consultants et j’ai tout coordonné, en m’assurant que nous répondions toujours aux besoins de l’utilisateur final. J’ai géré les appels d’offres auprès des entrepreneurs, soit la procédure de soumission, et j’ai assuré le suivi sur les chantiers.

C’est votre expérience qui a inspiré Billdr?

YD: Nous avons eu l’idée de Billdr il y a environ deux ans et l’avons lancée en février 2020, juste avant la pandémie. Nous avions un site web, une application et aucun projet. En 2020, nous avons réalisé un chiffre d’affaires d’un million de dollars. En un an, nous avons engagé environ 25 entrepreneurs, des professionnels qui partagent les mêmes valeurs que nous et que nous avons soigneusement sélectionnés.   

Les propriétaires ont été très satisfaits de l’expérience Billdr, en particulier pour la portion estimation. Certaines personnes contactent jusqu’à 10 entrepreneurs différents pour obtenir des devis, ce qui engendre une grande frustration à la fois pour les entrepreneurs et les propriétaires. Le devis que nous fournissons élimine tout cela.

Comment fonctionne Billdr? Pouvez-vous me guider dans le processus?

YD: Après avoir publié leur projet sur notre site web ou notre application, les clients potentiels peuvent planifier un appel téléphonique gratuit avec nous. Au cours de cet appel, mon objectif est de comprendre leurs besoins et de définir clairement leurs attentes. La plupart des gens ont tendance à minimiser l’ampleur des travaux, mais nous leur expliquons toutes les étapes, de manière très transparente, et leur donnons une estimation sommaire du budget.

S’ils décident d’aller de l’avant avec nous, je leur envoie un courriel qui leur explique tout le processus, puis je fais un devis payant. Une fois que nous avons établi la portée et le budget du projet, tous les entrepreneurs de notre réseau peuvent soumissionner.

Les entrepreneurs sont très occupés de nos jours et tout le monde n’a pas les connaissances techniques pour négocier avec eux, c’est ici que nous intervenons. Une fois le projet lancé, nous effectuons régulièrement des visites sur place pour nous assurer que tout se déroule comme prévu et nous restons impliqués dans le projet jusqu’à son achèvement.

«La plupart des entreprises ont été créées il y a des années et transmises de génération en génération, il faudra donc du temps pour voir un changement majeur. Nous voyons de plus en plus de nouveaux et jeunes entrepreneurs issus de différents horizons émerger et la technologie aide, car avec la technologie, il y a moins de barrières.» - Yahya Diallo

Quel est votre point de vue sur la diversité et l’inclusion dans la construction et l’ingénierie ?

YD: C’est particulièrement difficile pour les femmes. Même dans les écoles d’ingénieurs, il n’y avait presque pas de femmes. Je n’ai pas les statistiques, mais d’après mon expérience, dans la construction, je dirais que le ratio est de 80 hommes pour 20 femmes. Même maintenant, je fais des entretiens pour embaucher un directeur des opérations et sur l’ensemble des candidats, il n’y avait qu’une seule femme. Dans toute ma vie, je crois que je n’ai vu qu’une seule femme sur un chantier.

La plupart du temps, lors des réunions, je suis la seule personne noire à la table. Je pense que l’industrie de la construction est un secteur très familial. La plupart des entreprises ont été créées il y a des années et transmises de génération en génération, il faudra donc du temps pour voir un changement majeur.

Nous voyons de plus en plus de nouveaux et jeunes entrepreneurs issus de différents horizons émerger et la technologie aide, car avec la technologie, il y a moins de barrières.

My et Thien Ta Trung, élément de base

My et Thien Ta Trung, cofondateurs de élément de base. Photographie par La Presse, Alain Roberge, 2016.

Thien Ta Trung, designer et cofondateur, élément de base (edb)

À quel moment votre intérêt pour le design et l’ameublement s’est-il manifesté? 

Thien Ta Trung: Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé le design en général. La mode a été l’un de mes premiers centres d’intérêt, mais le design de meubles offre un rythme plus lent et un processus créatif plus constant et intemporel, c’est probablement pour cela que j’ai fini par me tourner vers le mobilier.  

Comment décririez-vous le style d’edb? Où trouvez-vous votre inspiration?

TTT: Notre style pourrait se résumer à des conceptions architecturales simples, épurées. Une grande part de notre inspiration vient de domaines créatifs tels que la musique, l’art et la mode.

Salon moderne

Design de salon moderne par élément de base.

Parlez-nous de votre parcours en tant qu’entrepreneur. Qu’est-ce qui vous a décidé à créer votre propre entreprise?

TTT: Quand je pense à mes débuts, l’objectif était de créer quelques pièces et de constituer une collection. Cela fait presque 20 ans depuis notre première collection. Il s’agit donc surtout de surmonter de nombreux hauts et bas, et de survivre à de multiples cycles économiques.

Pop-up au souk

Pop-up au souk design par élément de base

Quels sont vos projets les plus mémorables à ce jour?

Au fil des ans, nous avons réalisé de nombreux projets intéressants. Parmi nos favoris, il y a nos vitrines éphémères dans le Vieux-Montréal ou au Souk. Ce sont des terrains de jeu pour exprimer l’identité d’edb.

Quel est votre point de vue sur la diversité et l’inclusion dans le design, à Montréal?

Je pense que Montréal a toujours été une communauté de design très inclusive, depuis des années. Peut-être des décennies. Les designers de couleur ont toujours fait partie de la scène du design montréalais. Dans ce domaine, il n’y a pas non plus de problèmes d’identité ou d’orientation sexuelle. Montréal est une ville très ouverte et inclusive sur tous les fronts.

Le plus dur est que, indépendamment de la diversité ou de l’inclusion, le design n’est pas facile à vendre ici. C’est le principal défi du design de produits à Montréal et au Canada: trouver un public. C’est du moins ce que je pense, ayant travaillé pendant plus de deux décennies dans ce secteur.

Souhaitez-vous ajouter autre chose?

Je pense que l’éducation du design a fait du chemin au cours des cinq dernières années, peut-être grâce à Instagram. Maintenant que tout le monde peut voir de beaux intérieurs, le niveau a augmenté considérablement. Dans ce contexte, nous voyons beaucoup plus de studios de design prendre leur envol avec une véritable clientèle. De plus en plus de gens comprennent la subtilité des formes et des textures, des couleurs et des angles, de la profondeur et des proportions, ils font la distinction entre le design «lent» et le design «rapide», entre le durable et le jetable. C’est une période très prometteuse!

Billdr cherche toujours à diversifier son réseau d’entrepreneurs généraux à Montréal et à Toronto. Nous aimerions vous connaître.

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Auteure

Ursula Leonowicz

Journaliste indépendante basée à Montréal, Ursula Leonowicz écrit sur le design, l’architecture et l’immobilier, en plus de contribuer régulièrement à la section Habitation de la Gazette de Montréal. Elle tient également son propre blogue, citycountry bumpkin. Dans sa jeunesse, elle peignait sa chambre d’une couleur différente chaque année, au grand dam de ses parents. Vous pouvez la suivre sur Instagram et LinkedIn.

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